Ranma ½, Rayearth, Dragon Ball Super : l’automne 2026 refait les séries d’hier, et ces remakes ne se valent pas
En neuf jours, trois œuvres déjà adaptées reviennent sous une forme neuve : Ranma ½ le 3 octobre sur Netflix, Magic Knight Rayearth le 7, Dragon Ball Super: Beerus le 11. Le mouvement dure depuis quinze ans, et une seule question permet d’y voir clair : qu’apporte la nouvelle version que l’ancienne n’avait pas ?
Par Elthiria · · 4 min de lecture
Le samedi 3 octobre, Netflix a lancé la troisième saison de Ranma ½, la nouvelle adaptation du manga de Rumiko Takahashi confiée à MAPPA, au rythme d’un épisode par semaine. Le mercredi 7, TV Asahi et Crunchyroll commenceront la nouvelle série Magic Knight Rayearth, trente et un ans après celle de Tokyo Movie Shinsha. Le dimanche 11, Toei Animation reprendra avec Dragon Ball Super: Beerus les premiers arcs d’une série qu’elle a elle-même produite en 2015. Trois retours en neuf jours, trois œuvres que le public connaît déjà, et trois manières très différentes de refaire.
On aurait tort d’y voir une mode de la saison. Fullmetal Alchemist: Brotherhood en 2009, Fruits Basket en 2019, Shaman King en 2021, Urusei Yatsura (notre Lamu) en 2022, puis Ranma ½ en 2024 : depuis quinze ans, l’animation japonaise reprend régulièrement ses propres classiques. Ces remakes sont souvent rangés dans le même sac, celui de la nostalgie qu’on revend. C’est vrai pour certains, injuste pour d’autres, et la différence se voit dès qu’on regarde ce que l’ancienne version avait laissé en plan.
Pourquoi l’industrie refait
Les raisons économiques ne sont pas un secret. Un titre connu rassure les investisseurs d’un comité de production bien plus qu’une œuvre inconnue. Les plateformes cherchent des noms qui parlent dans plusieurs pays à la fois, et Ranma ½, qui passait au Club Dorothée au début des années 90, en est un. Les enfants de cette époque ont aujourd’hui les moyens de s’abonner, et des enfants à qui montrer ce qu’ils aimaient. Rien de tout cela n’est honteux. Mais rien de tout cela ne suffit à justifier une œuvre : un remake doit aussi donner une raison de le regarder plutôt que l’original.
Finir ce qui était resté inachevé
La meilleure raison, et de loin, tient au calendrier. Beaucoup de premières adaptations ont été tournées pendant que le manga paraissait encore. Arrivées au bout des chapitres disponibles, elles ont dû inventer une suite et une fin. Le Fullmetal Alchemist de 2003 a pris son propre chemin, et Bones a suivi le manga jusqu’au bout six ans plus tard avec Brotherhood. Le Fruits Basket d’Akitarō Daichi, en 2001, s’arrêtait au bout de 26 épisodes sur une conclusion qui n’était pas celle de Natsuki Takaya ; la version de TMS, en 2019, a raconté toute l’histoire en 63 épisodes, sous la supervision de l’autrice. Le Shaman King de 2001 avait lui aussi sa propre fin, et celui de 2021 a adapté les 35 volumes de l’édition complète.
Dans ces cas, le mot « remake » trompe. Il ne s’agit pas d’une copie, mais de la première adaptation complète. C’est exactement ce qui est en jeu pour Ranma ½ et Rayearth. La série de 1989 ne s’est jamais rendue à l’arc final du manga, celui qui dénoue enfin l’histoire entre Ranma et Akane. La seconde saison de Rayearth, en 1995, s’éloignait franchement du récit de CLAMP et inventait des adversaires qui n’existaient pas sur le papier. Pour l’une comme pour l’autre, la nouvelle version a une raison d’être évidente : aller au bout. Aucune des deux ne l’a encore promis officiellement.
Réparer, ou revendre
Dragon Ball Super: Beerus relève d’une autre logique, celle de la réparation. En 2015, les premiers épisodes de Dragon Ball Super racontaient de nouveau deux films sortis peu avant au cinéma, dans une animation si inégale qu’elle est devenue un sujet de moquerie. Toei les reprend, les remonte et les redessine. La démarche est honnête : elle reconnaît qu’un calendrier intenable a abîmé une série et elle corrige le tir. Il faut seulement dire ce que c’est, la troisième version en treize ans du même combat, vendue à des spectateurs qui le connaissent par cœur.
Reste le cas le plus délicat, celui du remake d’une série complète et réussie. La nouvelle Urusei Yatsura de David Production, 46 épisodes entre octobre 2022 et juin 2024, en est le meilleur exemple. Elle est soignée, fidèle au dessin de Rumiko Takahashi, et elle a même adapté le dernier arc du manga. Mais elle a dû choisir parmi les histoires, quand Lamu en avait fait 195 épisodes, avec la liberté et la folie que Mamoru Oshii avait apportées aux débuts de la série. Une partie du public y a trouvé une porte d’entrée claire et moderne vers l’œuvre, une autre une version plus sage d’une série qui ne l’était pas. Les deux lectures se défendent. Nous penchons pour la seconde : une belle image ne remplace pas un ton, et la version de 1981 reste celle qui a quelque chose à dire en plus.
Ce que nous attendons de cet automne
Un remake mérite qu’on s’y intéresse quand il fait ce que l’original ne pouvait pas faire : finir l’histoire, ou réparer ce que la production avait abîmé. Le reste relève du marketing, et il a un coût que l’on mesure mal. Chaque nouvelle version rend un peu plus invisible l’ancienne, souvent introuvable en France sur les plateformes légales. Cette semaine, ADN a mis en ligne les premiers épisodes de Gintama, jamais proposés légalement en France vingt ans après leur diffusion. C’est un rappel utile : rendre une série ancienne accessible est parfois le meilleur hommage qu’on puisse lui faire.
Nous jugerons donc Rayearth et Ranma ½ sur un seul critère, plus exigeant qu’une comparaison d’images : la promesse d’aller au bout du manga. Si ces deux séries s’arrêtent avant le dénouement que leurs aînées n’ont jamais montré, elles n’auront rien ajouté à ce que le public avait déjà.
Sources : Comicbook.com, Ranma ½ saison 3 sur Netflix, Sortiraparis, Ranma ½ saison 3 sur Netflix, Anime News Network, Magic Knight Rayearth le 7 octobre, ADN News, Dragon Ball Super: Beerus, Anime News Network, Fruits Basket 2019, Anime News Network, fin de Shaman King (2021), AniTrendz, dernier arc d'Urusei Yatsura.