Yves Schlirf, le fondateur de Kana, est mort : sans lui, le manga n’aurait pas eu la même place en France
Le libraire bruxellois devenu éditeur est mort le 12 septembre à 71 ans. De sa librairie d’Uccle à la création de Kana au milieu des années 90, il a fait partie de la poignée de pionniers qui ont installé le manga dans les rayons francophones, à une époque où beaucoup le méprisaient.
Par Elthiria · · 1 min de lecture
Yves Schlirf est mort le 12 septembre à l’âge de 71 ans, ont annoncé Dargaud et Kana le 14 septembre. Il était encore l’un des dirigeants de Dargaud Benelux. Né à Bruxelles, il avait commencé dans les fanzines avant d’ouvrir, en 1972, la librairie Schlirfbook à Uccle, qui est restée pendant trois décennies l’un des lieux de rendez-vous de la bande dessinée belge.
C’est dans cette librairie qu’il s’est mis à vendre des mangas, dès les années 70, bien avant que les éditeurs francophones ne s’y intéressent. Au milieu des années 90, il fonde au sein du groupe Média-Participations le label Kana. C’est lui qui publiera en français une grande partie des séries que le public connaît par cœur : Détective Conan, Slam Dunk, Hunter x Hunter, Monster, Death Note et surtout Naruto, l’un des plus grands succès de l’édition en France. Le label approche aujourd’hui de ses trente ans.
Schlirf n’était pas seulement un découvreur. Chez Dargaud Benelux, il a aussi relancé des classiques de la bande dessinée franco-belge comme Blake et Mortimer et XIII, en confiant les albums à plusieurs équipes pour tenir un rythme de parution régulier. Cette double culture, rare dans le métier, explique une partie de son influence : il parlait aux lecteurs de Tintin comme à ceux de Saint Seiya, et il ne voyait aucune raison de les opposer.
On mesure mal aujourd’hui le chemin parcouru. Dans les années 90, le manga était regardé en France comme une sous-culture violente, que la télévision découpait et que la presse caricaturait. Il a fallu des libraires et des éditeurs têtus pour le traduire proprement, le vendre en librairie et le défendre comme une bande dessinée à part entière. Yves Schlirf était de ceux-là. Bien des séries de ce catalogue ont trouvé leur public francophone grâce à des gens comme lui, qui y ont cru avant tout le monde.
Sources : ActuaBD, Manga-News, Anime News Network.