Naruto Shadow Rising : Masashi Kishimoto revient dessiner son héros, et le retour ne vaudra que s’il prend son temps
Le 10 octobre à la New York Comic Con, Shūeisha a annoncé un nouveau manga Naruto dessiné par Masashi Kishimoto, au milieu d’un vaste plan commercial sur trois ans. Douze ans après la fin de la série, ce retour dit autant de la place de l’auteur que de l’état d’une industrie qui préfère ses valeurs sûres.
Par Elthiria · · 4 min de lecture
Le samedi 10 octobre, le panel « NARUTO: What’s Next? » de la New York Comic Con s’est terminé sur l’annonce que les lecteurs n’osaient plus espérer : un nouveau manga Naruto dessiné par Masashi Kishimoto lui-même. Selon Anime News Network, qui cite le compte officiel japonais de la série, il s’appellera Naruto Shadow Rising. On n’en a vu que des storyboards, où figuraient l’équipe 7 et les visages des sept Hokage. Ni l’histoire, ni le magazine, ni la date ne sont connus : tout sera précisé à la Jump Festa, les 19 et 20 décembre au Japon. Aucune édition française n’est annoncée, même si Kana, qui publie Naruto depuis 2002 et Boruto aujourd’hui, en serait l’éditeur naturel.
Le même panel a présenté Naruto x Ninkū, une courte série de quatre épisodes où l’équipe 7 rencontre Fūsuke, le héros du manga de Kōji Kiriyama. Les deux auteurs supervisent chaque épisode, Noriyuki Abe, qui avait réalisé Ninkū en 1995, la met en scène, et Tetsuya Nishio, le dessinateur des personnages de Naruto, en signe la direction de l’animation. Viennent ensuite un jeu mobile, un jeu de cartes prévu en juin 2027 et des nouvelles du film en prises de vues réelles. L’ensemble porte un nom, « Project Rasengan », et une durée, trois ans.
Un auteur retenu par son œuvre
Pour comprendre ce que pèse ce retour, il faut regarder ce que Masashi Kishimoto a tenté depuis 2014. Il a voulu tourner la page avec Samurai 8, un récit de science-fiction qu’il écrivait et qu’Akira Ōkubo dessinait. La série a commencé dans le Weekly Shōnen Jump en mai 2019 et s’est arrêtée en mars 2020, au bout de 43 chapitres et cinq volumes, alors que son auteur en prévoyait au moins dix. Quelques mois plus tard, en novembre 2020, il reprenait le scénario de Boruto, qu’il écrit toujours sous le titre Two Blue Vortex. En 2023, il dessinait pour le vainqueur d’un sondage de popularité un récit court consacré à Minato, le père de Naruto. Chaque fois qu’il s’est éloigné de Konoha, le chemin l’y a ramené.
On peut y lire une histoire triste, celle d’un auteur prisonnier de son premier succès. Ce serait oublier que ce succès est le sien, et qu’il a le droit d’y revenir. Le récit sur Minato l’a montré : le trait de Kishimoto n’a rien perdu de sa netteté, et son sens du découpage dans les combats reste l’un des meilleurs de sa génération. Un manga Naruto qu’il dessine lui-même n’a rien d’un produit dérivé. C’est la seule chose que les années de Naruto Shippūden, les films et les déclinaisons n’ont jamais pu offrir.
Deux lectures d’une même annonce
Une partie du public voit dans ce retour une chance de revenir à l’essentiel. Boruto est l’œuvre d’un autre dessinateur, Mikio Ikemoto, et beaucoup de lecteurs de Naruto ne s’y sont jamais retrouvés. Un récit de Kishimoto avec les personnages qu’ils ont connus a, pour eux, plus de valeur qu’une suite de plus. L’autre lecture est plus inquiète. L’annonce ne dit rien de l’histoire, elle tient entre un jeu mobile et un jeu de cartes, et l’époque qui suit la guerre a déjà été racontée par Naruto the Last, le film puis par Boruto. Revenir sur des années déjà connues, c’est prendre le risque d’un récit sans enjeu, où l’on sait d’avance qui vit et qui gouverne.
Nous tenons les deux lectures pour justes, mais nous penchons pour la première, à une condition. Le titre et le décor comptent moins que le rythme. Naruto a paru chaque semaine pendant quinze ans, un régime que peu d’auteurs tiennent sans y laisser des forces. Kishimoto écrit déjà Boruto chaque mois. S’il doit en plus dessiner une série au calendrier d’un plan commercial, avec un jeu de cartes à lancer en juin 2027 et une étape à tenir à chaque salon, le récit en paiera le prix.
La leçon des autres auteurs
L’actualité de ces derniers jours offre un contre-exemple éclairant. Yoshihiro Togashi a fait savoir qu’il refusait désormais tout travail à échéance pour préserver sa santé et son manga, et Hunter x Hunter avance à son rythme, sans que ses lecteurs le quittent. De son côté, Dr. Stone recevra avec Terraforming une suite animée tirée d’un épilogue écrit après la fin, sans précipitation. Les auteurs qui reviennent à leur œuvre réussissent quand on leur laisse le temps de le faire.
C’est ce que nous attendons de la Jump Festa : moins une date de lancement qu’une forme de publication. Un récit court et complet, ou une série mensuelle sans échéances intenables, donnerait à Shadow Rising une raison d’exister. Une parution hebdomadaire calée sur le reste du plan ferait de Kishimoto le premier rouage de sa propre marque. Shūeisha tient là l’annonce la plus forte de son année, et la manière dont elle traitera son auteur dira si elle a appris quelque chose de ces douze ans.
Sources : Site officiel de Naruto, annonces de la New York Comic Con 2026, Anime News Network, Masashi Kishimoto lance un nouveau manga Naruto, Final Weapon, le programme Project Rasengan, Game Rant, Naruto Shadow Rising, Wikipédia, Samurai 8, Site officiel de Naruto, récit court consacré à Minato, Animotaku, Boruto Two Blue Vortex chez Kana.